Mode
SHADE THOMAS-FAHM
Quand on parle de mode nigériane, c’est naturellement le nom de Shade Thomas-Fahm qui nous vient en tête. Née Victoria Folashadé Thomas-Fahm le 22 septembre 1933 au Nigéria, elle grandit au sein d’une communauté yoruba, dont les tissus influenceront grandement ses créations. Elle est considérée comme la première créatrice de mode influente du pays.
Elle est rapidement au contact du milieu du vêtement en prenant des cours de couture dans une petite boutique appelée le Sisi Swing Shop, à Lagos. Le pays étant à cette époque une colonie anglaise, elle suit une trajectoire de vie similaire à celle de Kofi Ansah (évoqué dans le post précédent) et part en Angleterre en 1953 pour ses études.
Elle commence ses études supérieures avec pour objectif de devenir infirmière, avant que la mode anglaise ne change le cours de sa vie.
Elle change alors d’orientation et s’inscrit au Barrett Street Technical College (aujourd’hui le London College of Fashion), et continue son cursus au Saint Martin’s College of Art, réputée comme l’une des meilleures écoles de mode d’Angleterre, située à Londres.
Mais c’est la mode anglaise du milieu des années 50 qui retient toute l’attention de la créatrice : les vêtements sont éclectiques, le style underground des jeunes contraste avec celui des générations précédentes, qui s’habillent toujours selon un style classique à l’effigie du New Look chez Dior.
Ce qui marque Shade Thomas-Fahm, c’est la variété des boutiques de prêt-à-porter et l’effervescence de la mode anglaise en pleine évolution vers la mode des années 60, caractérisée par les minijupes et le rock’n’roll des Beatles.
Son retour au Nigéria coïncide presque parfaitement avec la période de libération du pays de la colonie anglaise, ce qui va particulièrement perturber les tendances de mode au Nigéria. En effet, deux courants s’opposent durant cette période de transition politique : le premier, celui de la mode anglaise, qui reste encore fortement ancrée au sein du pays, car encore considérée par une majorité comme innovante et tendance. De l’autre, une envie de se réapproprier la mode traditionnelle du pays et de remettre au-devant de la scène le savoir-faire nigérian, en utilisant de nouveau des tissus produits au Nigéria et en retravaillant les coupes des vêtements, qui avaient été oubliées pendant un temps. C’est dans cette dernière dynamique que s’inscrivent les travaux de Shade Thomas-Fahm.
À son retour au Nigéria, elle ouvre une usine de fabrication de tissus et une boutique de prêt-à-porter qu’elle nomme Maison Shade, dans la banlieue de Lagos. Afin de toucher une clientèle internationale et aisée, elle installe, comme beaucoup de créateurs de mode, sa boutique, qu’elle renomme Shade’s Boutique, dans un hôtel, l’hôtel Federal Palace, en 1962.
« Pendant cette période, nous ne considérions pas nos tissus comme ayant la moindre valeur. Nous ne faisions pas l’effort de les utiliser ou les mettre en valeur avant mon retour d’Angleterre en 1960. J’ai alors essayé de prouver que nos tissus pouvaient être utilisés pour fabriquer de nombreux articles que nous importions par méconnaissance. »
(Shade Thomas-Fahm — The Nation, 3 juin 2018)
Shade Thomas-Fahm utilise principalement des tissus produits au Nigéria, comme l’aso-òke, un tissu tissé à la main au Nigéria, mais également au Bénin et au Togo, et issu principalement de la culture yoruba d’Afrique de l’Ouest. Elle travaille également avec d’autres types de tissus comme l’àdire, l’akwete — dont le nom reprend celui de la ville où il est produit — ou l’okene, aussi connu localement sous le nom d’ita-inochi et également tissé à la main. En travaillant avec des industries locales de tissus, la créatrice de mode a également participé à relancer la production de tissu et à proposer, par extension, de nouvelles offres d’emploi dans ce secteur.
Parmi ses créations, nous pouvons compter des caftans, des robes longues aux manches larges dans les tons de rouge ou encore de marron, associées au foulard yoruba, le gèlè, porté traditionnellement pour certains évènements comme les mariages. Mais Shade Thomas-Fahm crée aussi des robes plus cintrées, révélant davantage le corps féminin en marquant la taille. Nous pouvons aussi observer une inspiration de la mode des années 60-70 avec une robe trapèze portée par Franca Afegbua (première sénatrice élue au Nigéria) en 1970. Shade Thomas-Fahm ne se cantonne pas seulement à la création de robes, et propose aussi des hauts comme le bùbá, conçu ici pour être porté de façon « oversized », comme ce fut le cas à l’origine du vêtement.
Enfin, la créatrice de mode se démarque par le succès de ses vêtements, qu’elle exporte aux États-Unis, se plaçant ainsi comme l’une des premières créatrices issues du continent africain à proposer ses collections et à conquérir le marché américain.
La place des créations de Shade Thomas-Fahm dans le paysage créatif nigérian est particulièrement importante. Avec ses collections, elle relance localement l’industrie du textile au Nigéria, qui connaissait jusqu’alors un déclin de popularité provoqué par la domination coloniale britannique sur le pays. Ses créations sont novatrices et apportent un nouvel élan au sein de la mode nigériane, en proposant une nouvelle vision de l’habillement qui n’est pas seulement une réinterprétation de ce qui est proposé par l’Angleterre ou les États-Unis.
Ses créations sont novatrices et apportent un nouvel élan au sein de la mode nigériane en proposant une nouvelle vision de l’habillement, qui n’est pas seulement une réinterprétation de ce qui est proposé par l’Angleterre ou les États-Unis. En vue d’une popularisation de la mode nigériane, Shade Thomas-Fahm contribue notamment à la création de la Fashion Designers Association of Nigeria (FADAN — à vérifier, orthographié « FADANL » sur le visuel), qui a pour objectif de promouvoir la culture nigériane par la mode, ainsi que de proposer de nombreuses opportunités aux nouveaux créateurs de mode nigérians afin de démarrer leur carrière dans ce secteur.
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