Mode
ALPHADI
Né à Tombouctou au Mali, Sidahmed Alphadi Seidnaly est un créateur de mode dont le parcours inspire par la singularité de ses créations et la force de son engagement. Comme pour beaucoup de créateurs, son premier contact avec la mode s’est fait durant ses années universitaires, lorsqu’il suivait un cursus censé lui apporter une meilleure stabilité financière que les métiers de la création. C’est ainsi qu’il part à Paris en BTS tourisme et qu’il assiste au même moment à différents défilés de mode. À ce moment-là, il rencontre de grands noms de la couture et décide définitivement de travailler dans ce secteur.
Diplômé de l’atelier Chardon-Savard à Paris, reconnu pour l’excellence de son enseignement, mais également de la FIT (Fashion Institute of Technology) à New York, Alphadi se lance dans la mode avec l’objectif de faire transparaître dans ses créations la pluralité de ses origines tout en redonnant à l’industrie du vêtement une seconde vie. Sa première collection est présentée en 1983 au Niger et lance ainsi sa carrière de designer.
Il fait, dans un premier temps, de la haute couture et limite ses défilés à des créations uniques. Il ouvre sa maison de couture, la maison Alphadi, quelques années plus tard à de nouvelles gammes comme le prêt-à-porter et les accessoires, proposant ainsi un catalogue varié de pièces — une ouverture portée par son public. En effet, longtemps réservés uniquement à ses défilés, ses bijoux artisanaux rencontrent un tel engouement qu’il décide de les commercialiser en 1992.
Il ouvre sa première boutique en 1987 et présente la même année, durant le Festival International de la Mode, un défilé à grande échelle sur la place du Trocadéro à Paris. Avec son milliard de téléspectateurs, c’est un événement qui a particulièrement marqué le créateur, qui en parle encore aujourd’hui comme l’un des plus beaux défilés de sa carrière.
Par ses collections, Alphadi prouve que les vêtements permettent d’exposer aux yeux de tous la richesse de la culture africaine, de ses textiles et de ses accessoires. Il montre que l’Afrique a bien plus d’influence sur la mode des autres continents qu’on ne pourrait le penser :
« L’Europe, pendant longtemps, ou l’Amérique, s’est inspirée de notre continent et beaucoup de grands créateurs se sont inspirés de notre savoir-faire africain. » (Alphadi, Victoria and Albert Museum, Magician of the Desert: Alphadi, 30/08/2022, YouTube)
En tant qu’ambassadeur de la paix auprès de l’UNESCO, il crée en 1998 la « Caravane Alphadi », un défilé itinérant dans le désert organisé en association avec l’Organisation des Nations Unies. Des prix y sont alors décernés aux jeunes talents, qu’ils soient créateurs ou mannequins. Ces défilés, présentés dans les déserts du Mali et du Niger, lui valent le surnom de « Magicien du désert ».
La même année, il crée le FIMA (Festival International de la Mode en Afrique), qui suscite un engouement pour la mode à travers tout le continent. Organisé tous les deux ans, cet événement est l’occasion pour les jeunes designers de présenter leurs collections et de mettre en lumière les traditions vestimentaires de leurs pays respectifs.
Ses créations explorent tous les aspects de la nature, tous les éléments : nous pouvons notamment relever sa collection « Brise marine », qui explore les tons de bleu ainsi que « la profondeur et la sérénité de la mer ».
Il propose des pièces assumées et des tenues dont les accessoires racontent leur propre histoire. Il utilise une grande variété de tissus, comme la fourrure qui apporte des volumes nouveaux à ses créations, et n’hésite pas à jouer sur la superposition des matières pour créer des silhouettes innovantes.
Par son travail et ses prises de parole, Alphadi soulève un problème majeur du milieu de la mode africaine : les marques ne sont pas soutenues par de grands groupes ou organismes comme peuvent l’être les maisons européennes, et se retrouvent alors limitées financièrement. C’est notamment ce qui freine leur développement et leur exportation à l’international, réduisant de la même façon leur exposition médiatique. En Afrique, il n’existe pas d’équivalent à LVMH (Moët Hennessy Louis Vuitton) ou Kering, deux grands groupes français possédant les plus prestigieuses maisons de luxe comme Louis Vuitton, Balenciaga ou Céline.
Alphadi a longtemps côtoyé le créateur Chris Seydou, dont nous avons parlé dans un épisode précédent, et prend sa relève à la présidence de la Fédération africaine des créateurs en 1996, deux ans après le décès de ce dernier en 1994. Ils partageaient des idées communes, notamment celle de promouvoir les textiles africains, de les moderniser pour mieux les réinventer et ainsi inciter les jeunes créateurs et créatrices à se réapproprier leur patrimoine.
« Avec tout le respect pour nos collègues européens, il me semble que nous sommes mieux placés pour produire des tissus africains. »
(Pour l’UNESCO, Alphadi, le plus panafricain de tous les panafricains, 23/05/2016)
Au sein du paysage de la création de mode africaine, et notamment nigérienne, Alphadi se positionne comme un créateur particulièrement engagé pour les causes qui lui tiennent à cœur. En tant qu’ambassadeur de bonne volonté pour l’UNESCO, mais également à travers les divers organismes dans lesquels il s’investit comme le FIMA ou la Fédération africaine des créateurs, il prône un besoin de renouvellement au sein de la mode africaine. Il encourage ainsi les jeunes créateurs à explorer leur patrimoine et leur culture afin d’imaginer des collections qui représentent fidèlement le savoir-faire et l’artisanat de leurs pays respectifs.
Pour aller plus loin
Ressources à venir — ajoute des liens dans le champ personnalisé "pour_aller_plus_loin" de cet article.