Société & événementiel
A-t-on encore quelque chose à se dire ? La dérive du contenu.
Qu’est-ce qu’on regarde réellement aujourd’hui sur nos réseaux ?
Depuis plusieurs années, l’information semble s’évaporer de nos écrans, et par extension, de nos conversations. Est-elle devenue invisible ou s’est-elle simplement noyée dans un flux de contenus « polarisants » ?
C’est ce que l’experte Asma Mhalla appelle la « culture du vide » : un divertissement qui rafle tout sur son passage, au détriment du sens.
Chez REC, nous avons décidé d’interroger notre action individuelle : qu’est-ce qu’on choisit de poster ?
Et surtout, quelle est notre responsabilité envers vous ?
Informer, est-ce seulement donner un renseignement ?
Au sens strict, informer, c’est tenir un groupe au courant d’un événement. Mais si l’on creuse, est-ce que chaque donnée qui circule nous rend vraiment plus conscients ?
En tant que média, notre responsabilité est de définir la nature de l’information que nous partageons. Avant de publier, nous devons nous poser les bonnes questions : à qui s’adresse-t-on ? De quelle façon ? Et surtout, quelles seront les conséquences ? L’idée est de sortir de la saturation médiatique pour ne proposer qu’un contenu pertinent.
L’information est-elle en train de mourir ?
En 1995, Internet s’ouvre au monde. C’est l’âge d’or : les journaux offrent un accès total et gratuit à leurs contenus numériques. Mais cette liberté a un prix : le vol de contenus se multiplie et les médias sont forcés de basculer vers des modèles payants pour survivre.
Dans ce chaos, les réseaux sociaux surgissent. Ils captent toute l’attention, obligeant la presse traditionnelle à muter. Ce n’est plus seulement l’info qui compte, c’est la manière dont elle est diffusée pour exister face aux nouveaux géants du Web.
Bienvenue dans le cercle vicieux du « clic »
Aujourd’hui, le choix des médias est dicté par la dictature de l’algorithme. On délaisse le fond pour du contenu « accrocheur », celui qui attrape l’audience sans effort. Pourquoi ? Parce que les plateformes (Meta, TikTok) priorisent les revenus publicitaires : plus ça clique, plus ça rapporte.
Le public consomme du contenu « facile », les médias en produisent pour survivre, et l’algorithme amplifie le tout.
Qui doit briser ce cycle ?
Chez REC, notre réponse est claire : nous avons le devoir de questionner ce que nous vous proposons.
Le Présentisme, ou l’obsolescence de l’info
Pourquoi tout va-t-il si vite ?
L’historien François Hartog, dans son ouvrage Régimes d’historicité (Éd. du Seuil), définit ce phénomène comme le Présentisme : un présent réduit à une actualité éphémère, dicté par la vitesse et la consommation.
Le constat est concret. Un grand média comme Le Monde publie environ 10 posts par jour sur Instagram. Cette production massive transforme l’actualité en un produit périssable.
Comme tout objet de consommation, l’information devient obsolète dès qu’elle est publiée.
Résultat : les médias s’essoufflent à suivre cette accélération pour survivre économiquement. On accumule les événements, mais l’information ne pénètre plus les consciences.
Désinformation : les failles de la modération
Pourquoi l’info douteuse circule-t-elle si bien ?
La surveillance des contenus est aujourd’hui assurée par des entreprises privées, et elle est loin d’être neutre. Deux biais majeurs polluent nos écrans.
La modération se concentre sur les langues les plus parlées (français, anglais…). Résultat ? Des pans entiers de l’actualité mondiale restent sans aucune vérification.
Les plateformes modèrent selon des intérêts économiques et politiques. Parfois, l’absence de contrôle est même totale, comme sur Telegram ou Discord, créant des boucles d’informations « privatisées » sans aucune limite.
L’information n’est plus vérifiée, elle est administrée par des intérêts privés.
Désinformation : le mirage de l’IA
L’Intelligence Artificielle : un outil sans boussole.
L’usage massif de l’IA par le grand public et certaines rédactions aggrave le manque de fiabilité de nos flux. Comme le souligne Laurent Frisch dans Le Monde (2 oct. 2023) :
« L’IA n’a pas de contrainte éditoriale, de cadre déontologique, pas de garde-fous comme en ont les médias. »
Le risque pour l’information, c’est que l’IA ne répond d’aucune éthique. Elle ne vérifie pas, elle calcule des probabilités. L’IA peut générer des informations erronées, non indexées et sans contexte, les injectant dans un flux déjà saturé.
Accéder à l’info devient plus facile, mais la fiabilité, elle, devient un défi quotidien.
La Culture du Vide : l’invasion de l’insignifiant
Mettre en lumière, est-ce forcément informer ?
L’expression « culture du vide » désigne ces contenus sans réelle pertinence qui saturent notre espace médiatique.
Le cas Konbini : en invitant une personne devenue virale pour une vidéo anecdotique (le mème « Quick »), le média invoque la « culture web ». Mais est-ce le rôle d’un média suivi par plus de 6 millions d’abonnés de tout mettre en lumière sans distinction ?
Le cas BFM TV : ce phénomène touche aussi les médias traditionnels qui invitent des « experts » au discours faible mais polémique, simplement pour occuper l’antenne.
On privilégie les « contenus polarisants » pour attirer l’audience par l’émotion ou le buzz, sans jamais apporter de réflexion de fond.
La responsabilité du choix
Tout dire, c’est finir par ne plus rien dire.
Le problème n’est pas le contenu en soi, tout le monde a le droit de s’exprimer, mais le choix de ce qui est propulsé en avant.
En tant que média, nous sommes responsables de la hiérarchie de l’information. Face à la saturation des canaux, diffuser un contenu « vide » n’est pas neutre : cela prend la place d’une information qui pourrait être utile, sourcée et pertinente.
Chez REC, nous pensons que filtrer n’est pas censurer, c’est respecter le temps et l’intelligence de son public.
Au-delà du journalisme classique
Le savoir n’est plus réservé à une seule élite.
Face au manque de professionnalisme de certains webmédias, de nouveaux visages émergent. Ils ne sont pas toujours passés par une école de journalisme, mais ils prouvent que rigueur et expertise peuvent exister hors des sentiers battus.
Des modèles comme Hugo Décrypte, avec sa structure d’information fiable, ou Histoire Crépues, par son travail de fond sur notre mémoire, prouvent qu’une expertise rigoureuse s’épanouit désormais hors des parcours journalistiques classiques.
Peu importe le diplôme ou le titre, c’est la qualité du travail qui doit primer. On ne manque pas d’information, on manque de visibilité pour celle qui est pertinente.
Reprendre le contrôle
Comment sortir de ce flux hétérogène et saturé ?
L’information est partout, mais elle est noyée. Pour la retrouver, deux leviers sont essentiels.
Nous devons définir l’information que nous voulons défendre. Cela passe par une vérification stricte et une réflexion réelle sur l’impact de chaque publication. Côté individuel, peu importe notre rôle, nous devons nous responsabiliser. Adopter une déontologie personnelle, développer notre esprit critique et questionner ce que nous consommons comme ce que nous produisons.
Ne laissons pas l’algorithme choisir pour nous. Choisissons ce qui compte.
Pour aller plus loin
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