Mode

Naïma Bennis

Thaïs Borie · Article écrit

Si nous avons parlé de mode africaine durant l’introduction à cette série, il est tout de même essentiel de différencier les différents styles de vêtements qui existent au sein de cet immense continent.

Ce premier épisode mettra en lumière la mode marocaine grâce à la créatrice de mode Naïma Bennis.

Souvent appelée « pionnière de la mode marocaine », son travail se distingue par des pièces de très haute facture, réinventant le traditionnel caftan marocain ou encore la djellaba grâce à des designs plus modernes.

Née à Casablanca en 1940, elle apprend la couture à l’École des Jeunes Filles de Casablanca et, quelques années après, ouvre sa première boutique de vêtements en 1966 à l’hôtel Hilton de Rabat. Après avoir étendu ses créations aux bijoux et aux parfums via l’ouverture de trois boutiques, elle finit par fermer ses portes en 1987, pour des raisons encore inexpliquées.

Naïma Bennis conçoit toutes ses collections et vise, dès ses débuts, une clientèle internationale. Entre les années 60 et 70, ses créations connaissent un succès auprès des clients aisés qui fréquentent régulièrement l’hôtel.

Ses vêtements touchent aussi une clientèle variée : diplomates ou célébrités de la chanson, comme Oum Kalthoum, se vêtissent également de ses créations.

Les vêtements signés Naïma Bennis ne se cantonnent pas seulement à une popularité locale et réussissent à s’exporter à l’international, tel que prévu au lancement de sa marque, séduisant des figures renommées de tous les continents comme la reine Beatrix de Hollande ou encore Diana Vreeland, à l’époque rédactrice en chef du Vogue américain.

La popularité de ses créations est aussi due à un contexte politique particulier au Maroc, associé à une démarche féministe affirmée. Avec ses vêtements, elle insuffle un nouvel élan au sein de la mode marocaine en s’attachant aux vêtements traditionnels chers à son pays, mais propose aussi de nouvelles formes de ces mêmes vêtements en utilisant des tissus importés d’Europe, ou en modifiant les compositions des tenues tout en gardant l’utilisation de tissus traditionnels comme le bzioui.

La pièce la plus iconique et la plus connue parmi ses collections est une cape en velours noir, brodée avec des fils de soie dorés et réalisée en 1970. C’est une pièce particulièrement imposante et intéressante, puisque les broderies sont réalisées avec beaucoup de minutie et de détails.

C’est une pièce qui semble avoir été confectionnée pour être portée au-dessus d’un caftan ou d’une robe du soir. Ce type de vêtement est considéré comme un article de luxe et était typiquement porté, entre les années 60 et 70, par les femmes au Maroc.

On trouve également une seconde pièce, elle aussi conservée au V&A Museum : une gandoura, une autre tenue traditionnelle marocaine, ici réalisée en soie et ornée d’une sfifa. Cette pièce est particulièrement intéressante puisqu’elle était, à l’origine, portée uniquement par les hommes, puis elle a été redessinée pour être également portée par des femmes.

Cela s’inscrit dans sa démarche féministe, permettant l’émancipation des femmes en leur proposant un nouveau choix de vêtements et en s’attardant sur ce qu’elles voulaient vraiment porter.

Aujourd’hui, une question se pose régulièrement lorsqu’il s’agit de créateurs africains : pourquoi leurs travaux sont-ils autant tombés dans l’oubli ? Nous le remarquons particulièrement dans le cas des créations de Naïma Bennis : nous ne retrouvons presque aucune archive nous permettant d’étudier ses créations, ni aucune qui soit conservée comme le sont les créations de couturiers plus populaires.

Certaines pièces sont actuellement conservées au Victoria and Albert Museum, notamment grâce à la journaliste Ilona Klein, qui a pu entrer en contact avec deux des filles de Naïma Bennis. Deux d’entre elles ont été exposées durant l’exposition « Global 1960’s » en octobre 2015.

Le travail de Naïma Bennis a donc été un pilier central dans la popularisation de la mode africaine et marocaine à l’international, mais a également ouvert la voie aux prochaines créatrices nord-africaines souhaitant se lancer dans l’industrie de la mode.

Pour aller plus loin

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