Cinéma & documentaire

Retour sur la projection immersive « L’œil de Mambéty »

Sabrina Shekily · Article écrit

Comment l’œuvre de Djibril Diop Mambéty continue de vivre, de dialoguer et d’émouvoir à travers une exposition immersive et collective ?

En pénétrant au cœur de la Maison des Mondes Africains, une atmosphère chaleureuse s’impose immédiatement. Couleurs vibrantes, formes familières, sensation de soleil et de mouvement : ce vendredi 30 janvier, le visiteur est invité à entrer dans les regards que HIDA Média pose sur l’œuvre rebelle et profondément libre du réalisateur sénégalais Djibril Diop Mambéty.

Dans le contexte de son époque, le cinéma de Mambéty fait figure d’OVNI. À contre-courant du Sénégal conservateur des années 1970, sa démarche est radicalement libre, politique et marginale. Son cinéma naît d’une nécessité vitale :

Filmer lorsqu’il a quelque chose à dire, lorsqu’il faut défendre, selon ses propres mots, il filme la « dignité des petites gens ».

Une œuvre nourrie par une vie authentiquement africaine, traversée de poésie, de satire et d’un sens aigu de la justice sociale.

Figure majeure du cinéma africain, Mambéty a pourtant toujours refusé les cadres.

Ces libertés irriguent tout l’exposition L’œil de Mambéty, pensée comme une immersion sensible dans son univers. Au centre de l’espace, une reproduction de la mythique moto de son film Touki Bouki trône comme un totem. En l’observant, une étrange familiarité s’installe.

Même sans connaître l’œuvre du réalisateur, les formes, les silhouettes, les symboles semblent déjà habiter notre mémoire collective.

Reprise par Beyoncé et Jay-Z, Little Simz, ou plus récemment Yamê, cette moto ornée de cornes est devenue une icône, faisant dialoguer la culture africaine avec la pop culture mondiale.

Autour de cet objet central, l’exposition se déploie comme une constellation. Un projecteur diffuse un entretien rare accordé par Mambéty dans les années 90. Sa voix, calme et déterminée, guide le visiteur.

Autour, des œuvres contemporaines dialoguent avec ses films : un gongoma inspiré de Le Franc, une installation de ballons évoquant Badou Boy, des paires de lunettes rappelant La Petite Vendeuse de Soleil, une prolongation de son regard.

La seconde partie de l’exposition ancre encore davantage l’œuvre dans le réel.

À travers les tableaux de Manel Ndoye et l’installation de l’artiste Marianne, c’est la vie quotidienne dakaroise qui s’invite dans l’espace.

Une population souvent invisibilisée, que Mambéty n’a cessé de filmer avec tendresse et lucidité.

Ici l’art ne surplombe pas le réel : il accompagne, l’écoute et le révèle.

La bande-son, soigneusement sélectionnée par DJ Kalsovitch, enveloppe l’ensemble et donne à l’exposition un rythme organique.

Le soir du vernissage, les corps prolongent les œuvres : tenues élégantes, pièces afro-contemporaines, styles affirmés.

Le public devient lui-même partie prenante de l’hommage, incarnant cette continuité entre passé et présent.

Lors du vernissage, nous avons pu échanger avec l’équipe organisatrice de HIDA Média, ainsi qu’avec plusieurs personnalités du monde culturel de la diaspora africaine. Tous partagent la même volonté :

Faire vivre Mambéty non pas comme une figure figée du patrimoine, mais comme une voix toujours active, capable de dialoguer avec les générations actuelles.

L’œil de Mambéty n’est pas une simple exposition hommage. C’est une traversée. Une invitation à regarder le monde autrement, depuis les marges, avec poésie et insoumission.

Près de trente ans après sa disparition, Djibril Diop Mambéty continue de nous parler et surtout de nous regarder.

Retrouvez notre entretien vidéo complet sur nos réseaux sociaux.

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