Société & événementiel

Rachida Dati quitte la Culture : la politique reprend ses droits

Sabrina Shekily

Le 26 février 2026, Rachida Dati a quitté le ministère de la Culture après deux ans passés rue de Valois. Officiellement, il s’agit d’un départ stratégique : préparer la conquête de l’Hôtel de Ville de Paris. Officieusement, c’est peut-être aussi la fin d’un mandat où la communication aura souvent fait plus de bruit que les politiques culturelles elles-mêmes.

De janvier 2024 à février 2026, le passage de Rachida Dati au ministère de la Culture aura surtout été un spectacle politique. Conflictuel, parfois spectaculaire, rarement discret.

Sa nomination par Emmanuel Macron avait d’ailleurs été interprétée comme ce qu’elle était : un coup. Un geste tactique destiné à brouiller les lignes entre majorité et droite classique. Une manœuvre réussie sur le papier, puisqu’elle a survécu sans trop de difficulté à la succession de gouvernements, de Gabriel Attal à Sébastien Lecornu.

Mais survivre politiquement ne signifie pas nécessairement gouverner durablement.

Rue de Valois, la ministre a tenté d’imposer le récit d’une culture trop longtemps confisquée par les élites parisiennes. À l’entendre, il fallait réconcilier la République culturelle avec la « vraie France », celle des territoires périphériques et des petites villes.

Ainsi naît le plan « Culture et Ruralité », doté d’une centaine de millions d’euros sur trois ans. « Artothèques » itinérantes, soutien aux petites structures, discours volontiers populiste sur la culture populaire. Une politique qui se voulait réparatrice. Reste à savoir si ces dispositifs ont réellement transformé l’accès à la culture ou simplement nourri un récit politique bien calibré.

Et puis il y a les affaires.

Tout au long de son mandat, la mise en examen de Rachida Dati pour corruption et trafic d’influence dans le dossier Renault-Nissan, lié à Carlos Ghosn, plane comme une ombre persistante.

À cela s’ajoutent, fin 2025, des révélations sur des omissions présumées dans sa déclaration de patrimoine, estimées entre 400 000 et 600 000 euros, qui déclenchent l’ouverture d’une enquête de la brigade anticorruption.

Un ministère de la Culture gouverné sur fond d’enquêtes judiciaires : la contradiction n’aura jamais vraiment été résolue.

Même ses tentatives de réforme culturelle ont souvent pris la forme de batailles symboliques. Le Pass Culture en est l’exemple le plus parlant.

Jugeant le dispositif trop consumériste « trop de mangas, pas assez de sorties », la ministre décide en 2025 de réduire de moitié l’aide accordée aux jeunes de 18 ans, passant de 300 à 150 euros.

La remarque, au-delà de son mépris à peine voilé pour certaines pratiques culturelles, révèle surtout une incompréhension persistante. Pour beaucoup de jeunes, notamment dans les milieux populaires, ce crédit représentait parfois la seule possibilité d’accéder à des biens culturels.

Derrière la critique du manga se cache en réalité une vieille obsession française : la hiérarchie des cultures.

Son départ laisse aujourd’hui derrière elle plusieurs dossiers inachevés.

La réforme de l’audiovisuel public (visant à regrouper France Télévisions, Radio France et INA dans une grande holding) reste suspendue au Parlement, freinée par l’opposition des syndicats et l’inquiétude des directions des médias publics.

Au même moment, le Musée du Louvre traverse une crise de gouvernance majeure après un vol spectaculaire de bijoux fin 2025 et la démission de sa présidente. Une crise symbolique pour une institution censée incarner la vitrine culturelle de la France.

Mais ce départ n’est évidemment pas un retrait.

Rachida Dati ne quitte pas la politique. Elle change simplement de scène.

L’Hôtel de Ville de Paris devient désormais son objectif central. Son passage au ministère lui sert de carte de visite : une preuve dans son récit de sa capacité à gérer un budget national et à parler aux classes populaires.

Pourtant, en quittant le gouvernement, elle perd aussi la protection que confère la fonction ministérielle. Redevenue simple candidate, elle se retrouve de nouveau exposée à ses dossiers judiciaires et aux critiques sur son bilan.

Ce step down n’est donc pas une sortie.

C’est l’ouverture officielle de la campagne municipale parisienne.

Et dans cette bataille, Rachida Dati joue une partie risquée : conquérir la capitale et redevenir une figure centrale de la droite française, ou échouer et découvrir ce que la politique réserve parfois à ceux qui confondent stratégie et destin.

Pour aller plus loin

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