Histoire & géopolitique
Autodéfense et insurrection : l’usage de la force est-il un levier de libération ?
Retour sur l’activité du groupe Black Lion Party : la réponse armée au climat d’insécurité américain.
Le Spectre du Béret Noir ; les black panthers ressuscités ? Pas exactement.
Depuis quelques mois maintenant, les Black Lions font parler d’eux. Menés par leur chef, Paul Birdsong, le groupe situé à Philadelphie émerge suite à la mort de deux citoyens aux mains de l’ICE à Minneapolis, début janvier (Renee Good et Alex Pretti).
Les Black Lions ont pour intention de protéger le public contre les agents d’immigration, la police et les criminels. Ils affirment devoir protéger leurs voisins contre la violence armée quelle qu’elle soit, notamment celle, plus récemment, des agents de l’ICE.
Beaucoup de personnes sont reconnaissantes envers les Black Lions de patrouiller dans les rues, mais aussi d’organiser des collectes et des redistributions de nourriture et de vêtements.
D’autres se posent des questions sur leur manière de faire, notamment Craig Storrs, directeur exécutif de Pennsylvania Gun Rights, une organisation militante pour l’abolition de toutes les lois sur le contrôle des armes à feu. Comme il le confiait récemment au média The Trace :
« Il faut apaiser les tensions. Nous encourageons l’exercice légitime du droit au port d’armes. Bien évidemment, nous n’encourageons pas la confrontation avec les forces de l’ordre. »
The Trace, 10 février 2026, « Inspirées par les Black Panthers, des patrouilles de citoyens armés font leur retour à Philadelphie. »
Dans cet article, Revue Culturelle interroge la légitimité de la violence comme réponse aux diverses formes d’oppression.
La violence comme bouclier et miroir
Dans Les Damnés de la Terre, Frantz Fanon va justement développer une réflexion à ce sujet. D’après le travail de Cécile Lavergne dans son article de recherche « La Violence comme praxis révolutionnaire chez Frantz Fanon », elle affirme que Fanon ne cherche pas à faire une apologie de la violence.
Au contraire, Fanon tente de déconstruire les mécaniques de la violence en tant que « pratique inhérente aux rapports sociaux ».
Ce qui est intéressant à travers ces recherches, c’est le concept de praxis révolutionnaire, une forme de « violence collective qui va opérer une démystification au sens d’une destruction des valeurs individualistes et égoïstes au profit d’une fusion de l’individu dans le collectif de la lutte, tourné vers l’objectif unique : la libération nationale. »
Fanon souligne que la violence est nécessaire parce que « sans elle, pas de possibilité de réorienter la violence contenue du colonisé », en définitive, l’échec de la désaliénation.
Au-delà du poing levé
La violence permet de faire avancer les luttes, mais quel est son niveau de positivité ? Est-ce que la violence est fructueuse à long terme ?
Cécile Lavergne reprend un débat qui, encore aujourd’hui, continue de soulever des questionnements : pour se libérer d’une domination ancrée dans le système, est-il préférable « d’utiliser la force physique collective ou s’engager dans une transformation de soi » ?
Cécile Lavergne apporte une alternative et parle de « politique du sujet » : l’émancipation est pensée par le travail sur soi et non par les armes. Il est important, selon elle, de refuser l’étiquette et de se constituer comme son propre sujet.
Quand la lutte a deux visages
Cette réflexion s’illustre par le contraste entre deux figures emblématiques de la lutte pour les droits civiques : Malcolm X et Martin Luther King. Même s’ils avaient des objectifs communs, tous deux avaient des méthodes différentes et des manières de concevoir l’affirmation du sujet noir au sein de la société plus ou moins éloignées.
« La non-violence est une arme puissante et juste, qui tranche sans blesser et ennoblit l’homme qui la manie. C’est une épée qui guérit. » (Martin Luther King)
Malcolm X est plus radical, d’après France Culture et leur article (« Martin Luther King & Malcolm X : l’impossible rencontre de deux défenseurs de la cause afro-américaine »), il « prônera longtemps un séparatisme radical entre les deux communautés et n’acceptera jamais de blancs dans les organisations politiques qu’il créera ».
« Soyez calme, soyez courtois, respectez la loi, respectez tout le monde ; mais si quelqu’un lève la main sur vous, envoyez-le au cimetière »
Malcolm X, Message to the Grass Roots, 10 novembre, Detroit.
Alors, on en conclut quoi ?
La force construit-elle demain ?
La violence a-t-elle réellement sa place dans la lutte ? Si certains font le choix délibéré de modes d’action non violents, d’autres considèrent que la violence est intrinsèque à l’acte révolutionnaire. Pourtant, la véritable question ne réside-t-elle pas dans la pérennité de nos actions : laquelle de ces approches aura l’impact le plus durable ? La violence peut-elle véritablement s’inscrire dans une stratégie à long terme ?
Pour aller plus loin
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