Mode

CHRIS SEYDOU

Thaïs Borie · Article écrit

Pour ce nouvel épisode, nous allons explorer la mode malienne par les créations de Chris Seydou, de son nom de naissance Seydou Nourou Doumbia. Il est souvent décrit comme étant le créateur ultime ayant allié Haute Couture et mode malienne, et ce dès le choix de son nom d’artiste qu’il adopte en tant que créateur de mode, mais également pour sa griffe.
Chris Seydou est un mélange parfait entre le Mali et la France puisqu’il rend hommage à Christian Dior, grand nom de la Haute Couture française, avec « Chris » et à son propre prénom « Seydou » qui résonne aujourd’hui comme le prestige de la mode malienne.

Chris Seydou naît en 1949 à Kati, au Mali, et est introduit au milieu de la mode par sa mère, qui était brodeuse. Son parcours dans la création de vêtements commence tôt puisqu’à 15 ans, motivé par sa mère, il se forme au métier de couturier chez un tailleur de quartier. C’est après 3 ans de formation auprès de cet atelier qu’il ouvre sa propre boutique-atelier à 18 ans. Lorsque ses créations gagnent en popularité, il adopte le nom de « Chris Seydou » et s’installe à Abidjan, la capitale de la Côte d’Ivoire. Ce déménagement fut significatif pour sa carrière, puisque la capitale était le théâtre de nombreux mouvements artistiques, mais également de nouvelles tendances de mode.

Sa première clientèle fut les femmes aisées d’Abidjan, qui lui commandaient de nombreux vêtements, mais ce qui lui permet de compléter sa formation dans la mode, c’est son séjour en France.
En 1971, il suit des cours à l’école Joffrin Byrs, et Chris Seydou reste sept ans en France et s’imprègne, par la même occasion, du climat de la haute couture française, qui aura une grande influence sur ses collections.

Ses passages dans les maisons Yves Saint Laurent ou encore Paco Rabanne sont riches d’apprentissage. Après avoir créé pendant 7 ans en France, il s’installe en 1994 au Ghana, où il fonde la Fédération africaine des créateurs du design et de la mode, permettant de promouvoir le travail de jeunes créateurs africains.

Son travail est particulièrement connu pour ses réinterprétations du tissu bogolan, un tissu originaire du Mali. En bambara, la langue la plus importante au Mali, « bogo » signifie « terre » et « lan » exprime le résultat. Il est donc possible d’interpréter ce terme comme « issu de la terre ». Il est traditionnellement réalisé à partir de tissu de coton brut, et les couleurs sont obtenues à partir de pigments naturels. La complexité de ce tissu réside dans ses motifs : chacun transmet un message culturel, social ou encore spirituel.

Parmi ces motifs, nous pouvons mentionner les lignes parallèles, qui symbolisent la bravoure et l’universalité, le motif de lézard, qui évoque la protection, ou encore le tourbillon, qui est associé à la vie et au renouveau. Les couleurs sont également significatives : par exemple, le blanc symbolise la pureté, le marron la terre et la fertilité.
Dans ses créations, Chris Seydou allie ses designs plus contemporains au tissu traditionnel malien. Il précise également :
« Je suis un designer contemporain qui sait ce que je peux faire techniquement et comment le faire. Le bogolan peut simplement être une base culturelle pour mon travail. »

Il modernise également le bogolan en faisant produire ses propres tissus, où les motifs étaient simplifiés, dans l’objectif de s’adapter à sa vision artistique de la création vestimentaire. C’est notamment le cas dans la collection de vêtements qu’il a réalisée en 1990 avec une entreprise de fabrication de textiles localisée à Bamako, où il a eu l’occasion de créer ses propres tissus bogolan.

Nous retenons également les pièces qu’il réalise lors de son passage chez Yves Saint Laurent, majoritairement des robes, dont nous reconnaissons les inspirations des créations maliennes. Elles présentent toutes un grand nombre de perles brodées, autant sur les vêtements eux-mêmes que sur les accessoires. Les couleurs utilisées sont principalement chaudes, avec une domination de l’orange allié au vert. Les robes sont proches du corps et le révèlent subtilement au niveau du décolleté et des bras. Le travail des coiffures est également remarquable : nous pouvons observer des coiffures complexes, associées à des accessoires prenant des formes variées. Cependant, ses créations ne se limitaient pas aux robes, mais également à des mini-jupes, des pantalons, ou encore des vestes de motards.

Son travail est particulièrement remarquable puisqu’il a su mélanger à la perfection les différents apprentissages qu’il a reçus et acquis tout au long de sa carrière, tant au Mali qu’en France. Il est considéré par de nombreux designers comme leur aîné, celui qui leur a ouvert la voie de la création. Il est également considéré comme un pionnier dans son domaine, étant l’un des premiers créateurs de mode à avoir coupé et retaillé le tissu traditionnel malien, le bogolan. Après son décès en 1994, Chris Seydou a laissé une empreinte marquante dans le monde de la mode, en proposant de nouvelles façons de concevoir la mode africaine et de la promouvoir à l’international.

Pour aller plus loin

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