Mode

Fashion Week Haute Couture 2026 : La révolte de l’aiguille face à l’empire du fast fashion

Thaïs Borie · Article écrit

Pourquoi la Fashion Week Haute Couture est un événement important dans un monde où la fast fashion est omniprésente ?

Cette année encore, les maisons de haute couture à Paris ont proposé leurs collections au grand public durant la très populaire « semaine de la mode ». Ce domaine artistique, dont la légitimité est encore remise en question autant sur les réseaux sociaux qu’au sein des cercles intellectuels, a pourtant une place primordiale en tant que métier d’art et fait face à la très populaire « fast fashion ».

Mais pourquoi la haute couture est-elle aussi importante ?

Pour le comprendre, il est nécessaire de connaître l’organisation et les critères stricts qui régissent cette semaine de la mode.

En effet, les créations labellisées haute couture répondent à un cahier des charges établi par la Fédération de la haute couture et de la mode leur permettant d’être reconnues comme telles. Cette fédération, créée en 1868 notamment par Charles Frederick Worth et Otto Gustav Bobergh, a depuis ses débuts pour objectif de régir juridiquement l’appellation « haute couture ».

C’est pourquoi peu de maisons de mode sont réellement membres de cette fédération. En 2026, seulement 9 maisons sont considérées comme membres officiels, à savoir Alexis Mabille, Christian Dior, Chanel, Elie Saab, Franck Sorbier, Julien Fournié, Schiaparelli, Stéphane Rolland et Valentino.

Mais alors quels sont ces critères ?

Ils sont très nombreux et nous allons en citer qu’un échantillon : les maisons doivent présenter deux collections dans l’année : la collection printemps/été et automne/hiver, les ateliers sont impérativement situés à Paris et les créations doivent être réalisées uniquement par des artisans reconnus. Aussi, chaque pièce doit être réalisée à la main et validée par le ou la directeur.ice de la maison.

Cette saison, le calendrier a été le théâtre de moments charnières pour plusieurs maisons de prestige ; de la deuxième collection de mode de Matthieu Blazy chez Chanel à la nouvelle collection de Valentino quelques semaines après la disparition de son fondateur Valentino Garavani. Nature, enfance, sensations ou imaginaire sont des thèmes récurrents pour ces défilés printemps/été 2026 et qui ont été interprétés avec maîtrise et finesse.

Chanel en est l’exemple parfait, c’est un spectacle à part entière :

De la bande son aux petites notes portant des messages d’amour glissées dans les iconiques sacs Chanel réalisés pour l’occasion en mousseline de soie, chaque détail est l’œuvre d’une réflexion approfondie. Pour cette collection, les bruissements du vent et les chants d’oiseaux nous plongent dans une nature verdoyante mais nous font également penser à ces étés d’enfance insouciants.

Beaucoup de vêtements jouent sur la transparence du tissu et se meuvent au gré d’une brise que l’on imagine passer à travers. Les motifs de champignons, imprimés et brodés sur de nombreuses créations, mais également modelés pour devenir le talon des chaussures, nous montrent tout le savoir-faire de la maison Chanel.

Les détails opérés par « les tisseurs, les brodeurs et les plisseurs » montrent tout l’intérêt de présenter chaque année des collections de haute couture. Le défilé dont l’origine provient d’un Haïku anonyme nous propose aussi des pièces où les plumes sont mises à l’honneur comme avec cet ensemble veste et jupe qui vient en opposition avec les vêtements doux et légers. Ces pièces qui incarnent la partie du poème suivant : « [l’] oiseau sur un champignon », sont plus magnétiques et imposantes.

Si nous devions imager le terme « savoir-faire », c’est sûrement les créations Schiaparelli qui nous viendraient en tête.

C’est d’ailleurs ce qu’avance le directeur artistique de la maison, Daniel Roseberry :

« C’est une célébration de la profondeur du savoir-faire et du talent de nos ateliers ».

Les dentelles, découpées à la main, sont assemblées pour créer des pièces réellement uniques et techniques. Les sculptures animales ont été réalisées grâce à des procédés propres à la maison, utilisant par exemple de la résine pour les becs d’oiseaux.

Nous voyons donc que la haute couture est un milieu qui fait vivre les artisans de nombreux domaines, mêmes les plus petits, et permet de faire subsister un savoir-faire qui existe depuis des décennies.

Mais le milieu de la mode n’est pas seulement composé de créations à petite échelle comme celles de la haute couture.

La fast fashion et l’ultra fast-fashion comme la plateforme en ligne, et plus récemment le magasin physique Shein représentent une grande part des ventes de vêtements en France.

Le scandale de l’implantation du magasin au BHV Le Marais a fait le tour des réseaux sociaux notamment car l’établissement de la marque au sein d’une enseigne de prestige a donné une certaine légitimité à cette enseigne qui produisait déjà 13,5 millions de tonnes de CO2 en 2023, passant devant les géants de la fast-fashion tels que H&M ou Zara.

Il est d’ailleurs bien connu que l’industrie du vêtement est l’une des plus polluantes au monde, que ce soit lors de la culture des matières premières pour les tissus, les teintures ou encore la distribution aux quatre coins du monde.

Dans l’industrie textile, nous retrouvons une majeure partie de textiles synthétiques comme le polyester qui est en partie responsable de la pollution de nos océans.

En quoi ce tissu participe-t-il à cette pollution ?

Lors des lavages, un nombre important de microplastiques sont relâchés dans l’eau, puis dans les mers et océans. Mais ce n’est pas seulement cette partie de la vie du vêtement qui contribue à polluer notre planète. Dès la fabrication, les teintures utilisées sont créées à partir de substances toxiques autant pour nous que pour les faunes et la flore marine. Ces teintures sont selon l’ADME responsables de 20 % « de la pollution des eaux dans le monde » (source : Greenpeace).

De plus, l’ultra fast-fashion représentée par des enseignes telles que Shein utilise des intelligences artificielles fonctionnant seulement en étant alimentées par de grandes quantités d’eau permettant de refroidir les serveurs.

Ces IA sont aussi à l’origine de vols de design de petits créateurs, handicapant les petites entreprises qui sont par la même occasion souvent plus éthiques.

Ce système permet à ces géants de l’industrie textile de produire toujours plus et plus rapidement tout en ciblant les désirs des consommateurs à l’instant T.

Aussi, les productions par cette entreprise dont la demande augmente chaque année utilisent les transports par avion importants « près de 50 000 tonnes de marchandise » pour des vêtements qui seront portés une trentaine de fois seulement.

Enfin, la fast-fashion fait partie de ces entreprises dont les conditions de travail pour les ouvrières et les agriculteurs en Asie du Sud-Est ne sont pas éthiques et vont à l’encontre des droits humains.

Nous pouvons le voir au Bangladesh où les travailleuses ne sont payées que 0,32 dollar de l’heure, ou encore en Inde où les cultivateurs sont en détresse face à la demande de production de coton et s’endettent de plus en plus dans l’objectif de proposer toujours plus de matière première.

Mais alors, pourquoi 38 % des Français achètent-ils encore des vêtements produits par l’industrie de la fast-fashion, et pourquoi des enseignes historiques comme le BHV installent-elles des magasins physiques en France ?

La raison principale est le prix proposé par ces enseignes. Il n’y en a aucun autre sur le marché qui puisse prétendre à cette gamme de prix pour cette catégorie de vêtement, même dans les enseignes de fast-fashion que nous avons citées plus tôt comme H&M.

Un autre argument est celui de la diversité des tailles proposées : sur Shein, la gamme de taille va pour beaucoup d’articles du S au 4XL, rendant le site ultra-compétitif face à d’autres marques qui se limitent souvent au L ou XL pour les plus grandes tailles. Enfin, pour le BHV, la stratégie était d’apporter une nouvelle clientèle au sein de ce grand magasin parisien où se trouvaient déjà des marques plus haut de gamme au sein de ses locaux.

Mais l’installation de Shein a provoqué de nombreuses réactions, autant du côté de la clientèle fidèle de la marque que des autres enseignes déjà présentes au BHV.

Les adeptes des vêtements du géant de l’ultra fast-fashion ont découvert des produits plus chers que ceux proposés par le site de vente en ligne, et de nombreuses marques qui possédaient des corners au sein du grand magasin ont décidé de quitter les lieux, soit pour éviter le scandale et ne pas être associées à l’image « Shein » ou bien par conviction et par ce geste de désertion, montrer que leur éthique n’était pas celle de la fast-fashion.

En conclusion, nous pouvons rappeler que bien que la haute couture fasse partie d’une industrie réservée à une élite de personnes, elle permet néanmoins de faire fonctionner et subsister l’artisanat français.

Au-delà de faire marcher l’industrie de la haute couture et de présenter de beaux vêtements sur les podiums, il est surtout important de comprendre que toutes les modes n’ont pas le même impact écologique : les créations pour la fashion week sont peut-être celles qui ont un impact écologique le moins important lors de la création, mais ce ne sont pas des vêtements que l’on porte au quotidien.

D’un autre côté, les marques de fast-fashion, qui représentent encore aujourd’hui une majeure partie des ventes de vêtements, sont celles qui polluent le plus.

Parmi les alternatives possibles, l’achat de vêtements de seconde main se démocratise davantage et permet de consommer la mode en réduisant considérablement son empreinte carbone.

Cependant, il peut être encore difficile de changer ses habitudes de consommation et d’acheter uniquement en seconde main, c’est pourquoi acheter des vêtements dont les matières utilisées sont plus naturelles et durables est aussi une alternative plus éthique face à l’ultra fast-fashion.

Une autre solution, afin de s’habiller sans pour autant participer à la catastrophe naturelle et humaine à laquelle la fast-fashion participe, serait d’apprendre à moins consommer et à n’acheter que des vêtements neufs lorsqu’ils sont réellement nécessaires.

Pour aller plus loin

Ressources à venir — ajoute des liens dans le champ personnalisé "pour_aller_plus_loin" de cet article.